Un exercice, pour explorer la question de savoir ce que serait la civilisation, si les sages étaient mis de l’avant plutôt que persécutés ou dénigrés (par exemple en montrant les intellectuels à la télévision comme des gens pas corrects)
exercice : imaginer ce que serait la civilisation aujourd’hui si l’intelligence et les savants avaient été encouragés et mis de l’avant plutôt que persécutés au cours de l’histoire
Si la curiosité, l’empirisme et la quête de vérité avaient été célébrés et financés au fil des siècles au lieu d’être étouffés par le dogme, la peur du changement ou la préservation des pouvoirs en place, le monde d’aujourd’hui ne ressemblerait pas seulement à une version plus avancée du nôtre : il obéirait à des fondements culturels et politiques entièrement différents.
Voici les grands axes de ce que pourrait être cette civilisation alternative.
Une temporalité technologique décalée de cinq à dix siècles
L’un des effets les plus immédiats d’une continuité scientifique sans rupture (sans la perte des savoirs d’Alexandrie, la stagnation de certaines périodes médiévales ou la censure de la Renaissance) serait un saut temporel massif.
- L’ère de l’énergie propre précoce : Si la machine à vapeur rudimentaire d’Héron d’Alexandrie au Iᵉʳ siècle avait fait l’objet de recherches appliquées plutôt que d’être traitée comme un jouet de curiosité, l’ère industrielle aurait pu débuter mille ans plus tôt. Plus encore, l’étude de la thermodynamique et de la physique moderne aurait été atteinte avant l’épuisement des ressources fossiles, permettant d’éviter l’étape des énergies polluantes pour passer directement des énergies renouvelables à la fusion nucléaire maîtrisée dès le XIXᵉ siècle.
- L’exploration spatiale mûre : L’astrophysique, débarrassée des procès en hérésie subis par Galilée ou Giordano Bruno, aurait progressé de manière exponentielle. L’humanité disposerait probablement d’infrastructures permanentes sur la Lune et Mars depuis plus d’un siècle, et les sondes interstellaires représenteraient une technologie routinière.
Une révolution médicale et démographique
La médecine a longtemps été le domaine où la persécution des chercheurs (notamment à travers l’interdiction de la dissection ou le rejet de la dissection anatomique et de la pharmacologie empirique) a coûté le plus de vies humaines.
- L’éradication précoce des grandes épidémies : Si la théorie des germes et les règles fondamentales d’hygiène avaient été formalisées au Moyen Âge plutôt qu’au XIXᵉ siècle grâce aux travaux d’esprits non censurés, des fléaux comme la Peste noire ou le choléra auraient été maîtrisés ou évités.
- Longévité et régénération : Une biologie moléculaire et une génétique développées sans tabous moraux sur plusieurs siècles offriraient aujourd’hui une espérance de vie en bonne santé dépassant largement le siècle, avec une éradication quasi totale des maladies neurodégénératives et des cancers. (Commentaire de Julie : prendre ces deux paragraphes avec un grain de sel, j’y reviendrai…)
Une politique fondée sur la preuve et le long terme
Si les savants et les penseurs critiques avaient été placés au cœur de la cité plutôt qu’à sa marge, les structures de gouvernance auraient évolué différemment.
- L’épistémocratie coopérative : La prise de décision publique ne reposerait pas sur l’artifice rhétorique, la démagogie ou la polarisation émotionnelle, mais sur la méthode scientifique appliqué aux sciences sociales et environnementales. Les politiques publiques seraient testées, évaluées et ajustées en fonction de données probantes.
- L’éducation au scepticisme rationnel : Dès le plus jeune âge, le cursus scolaire mettrait l’accent sur l’identification des biais cognitifs, la logique formelle et la méthode expérimentale (empirisme).
- La vision séculaire : Libérée des impératifs d’enrichissement à court terme et des cycles électoraux myopes, la gouvernance planifierait les ressources et les infrastructures sur des horizons de 50 à 100 ans.
Un rééquilibrage de la notion de prestige social
Dans notre histoire, les personnages les plus honorés ont fréquemment été les conquérants militaires, les monarques absolus ou les grands accumulateurs de capital financier. Dans une société qui met les savants à l’honneur :
- Le prestige le plus élevé serait accordé à la contribution intellectuelle, artistique et scientifique. Les grandes figures célébrées dans les espaces publics ne seraient pas des généraux, mais des inventeurs de remèdes, des théoriciens de l’éthique ou des découvreurs de lois physiques.
- La richesse matérielle ne constituerait plus le critère principal de réussite sociale. Le statut dépendrait de la capacité d’un individu à résoudre un problème complexe au bénéfice du bien commun ou à faire avancer la frontière des connaissances.
Les risques et dérives propres à cette civilisation
Un monde axé sur l’intelligence et la rationalité ne serait pas exempt d’embûches ou de dérives complexes :
- Le risque du scientisme et de l’hyper-rationalisme : Si l’intelligence mise en avant est uniquement réduite à la logique techno-scientifique en excluant les sciences humaines, l’éthique et la philosophie, la société risquerait de basculer dans un utilitarisme froid, où l’humain serait géré comme une simple variable d’optimisation.
- L’intégration de la sagesse : Pour que ce modèle fonctionne réellement, la définition de la « savance » devrait nécessairement inclure la sagesse morale (phronesis). Une véritable civilisation de l’intelligence comprendrait que la connaissance technique sans empathie et sans considération pour le vivant mène à l’autodestruction avec une efficacité redoutable.
Au bout du compte, cette expérience de pensée montre que le plus grand frein de l’histoire humaine n’a pas été le manque de ressources ou d’idées, mais le coût exorbitant du temps perdu à combattre la vérité lorsque celle-ci dérangeait les certitudes ou les privilèges établis.
L’exemple de Nikola Tesla
Nikola Tesla (1856-1943) incarne parfaitement le choc entre le génie scientifique visionnaire et la logique d’optimisation financière à court terme. Si ses idées et sa recherche avaient été soutenues de manière inconditionnelle plutôt que freinées par des rivalités commerciales et la coupure de ses financements, la trajectoire technologique du XXᵉ siècle aurait pris une tournure radicalement différente.

La distribution d’énergie sans fil et la gratuité de l’électricité
L’ambition majeure de Tesla repose sur la transmission d’énergie électrique sans fil à travers la haute atmosphère et la terre, matérialisée par le projet de la tour de Wardenclyffe à Long Island.
- Le projet Wardenclyffe concrétisé : Lorsque son principal financier, J.P. Morgan, comprit que l’énergie sans fil ne pouvait pas facilement être mesurée par des compteurs pour être facturée individuellement, les capitaux furent retirés et le site détruit. Si le projet avait été mené à son terme, un réseau mondial d’antennes aurait diffusé l’électricité comme un service public universel.
- Abolition de la fracture énergétique : Les régions isolées ou dépourvues d’infrastructures lourdes auraient eu accès à la même puissance électrique que les grands centres urbains dès le début du XXᵉ siècle, accélérant l’industrialisation mondiale sans nécessiter le déploiement de millions de kilomètres de câbles en cuivre.

Une transition écologique devancée de plusieurs décennies
Tesla était un fervent défenseur du captage des forces naturelles (soleil, eau, vent, géothermie) au détriment de la combustion des matières fossiles, qu’il considérait comme un gaspillage barbare de ressources.
- La fin précoce de l’ère du charbon et du pétrole : En perfectionnant les générateurs hydroélectriques (comme ceux des chutes du Niagara) et en travaillant sur les énergies renouvelables et le magnétisme, Tesla aurait pu éviter à la civilisation un siècle de dépendance aux hydrocarbures.
- L’impact géopolitique : Sans la nécessité de sécuriser les gisements pétroliers pour alimenter l’économie mondiale, les tensions géopolitiques et les conflits majeurs du XXᵉ siècle liés au contrôle des ressources énergétiques auraient été profondément altérés.
Une révolution précoce de l’automatisation et des télécommunications
Dès 1898, Tesla fait la démonstration à Madison Square Garden d’un bateau télécommandé par ondes radio (teleautomaton), jetant simultanément les bases de la robotique, de la télécommunication et de l’informatique.
- L’aube de la robotique industrielle : Tesla concevait des machines capables de se substituer au travail pénible des humains. Un développement continu de ces travaux aurait devancé l’ère de l’automatisation de près de cinquante ans.
- Le réseau d’information mondial sans fil : Son concept d’un « système mondial » (World Wireless System) préfigurait déjà la diffusion d’images, de nouvelles et de données chiffrées sur des appareils portatifs. L’écosystème d’Internet et des télécommunications mobiles aurait pu voir le jour au milieu du XXᵉ siècle.
Le changement de paradigme économique
La confrontation entre Tesla et Thomas Edison (puis les grands groupes industriels) illustre le basculement d’un modèle où la recherche visait le progrès humain à un modèle axé sur la propriété intellectuelle monétisable.
Si la vision de Tesla avait prévalu, le soutien à la recherche fondamentale ne dépendrait pas de sa rentabilité financière immédiate. Les brevets et découvertes d’intérêt majeur pour l’humanité seraient devenus des biens communs, évitant la captation du progrès technologique par des monopoles privés. (Google Gemini)
