Conversation avec Gemini
R : Le rapatriement de la Constitution de 1982 est l’un des événements les plus marquants et les plus déchirants de l’histoire politique du Québec et du Canada. Pour comprendre ce que c’est et où la situation en est aujourd’hui, voici un résumé simple des faits.
1. Qu’est-ce que le rapatriement de 1982 ?
Jusqu’en 1982, la Constitution du Canada était une loi britannique (l’Acte de l’Amérique du Nord britannique de 1867). Pour modifier sa propre Constitution, le Canada devait demander la permission au Parlement de Londres.
Le premier ministre canadien de l’époque, Pierre Elliott Trudeau, a voulu changer cela en rapatriant le texte au Canada, tout en y ajoutant une formule d’amendement (pour pouvoir la modifier au pays) et une Charte canadienne des droits et libertés.
Le conflit avec le Québec
Le premier ministre du Québec, René Lévesque, s’est opposé au projet avec neuf autres provinces au départ. Lors de la nuit du 4 au 5 novembre 1981 (historiquement appelée la Nuit des longs couteaux au Québec), le gouvernement fédéral et les neuf provinces anglophones sont parvenus à un accord secret, laissant le Québec de côté.
Le 17 avril 1982, la reine Elizabeth II a signé la nouvelle Loi constitutionnelle. Le Québec a refusé de signer, estimant que cette nouvelle Constitution :
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Réduisait les pouvoirs de l’Assemblée nationale (notamment en matière de langue et d’éducation).
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Ne reconnaissait pas le statut particulier du Québec en tant que nation ou société distincte.
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Lui retirait son droit de veto traditionnel sur les modifications constitutionnelles futures.
Note juridique importante : Bien que le Québec n’ait jamais signé la Constitution de 1982, la Cour suprême a déterminé qu’elle s’applique tout de même légalement et pleinement sur le territoire québécois.
2. Les tentatives de réparation (Meech et Charlottetown)
Par la suite, des gouvernements ont tenté de réintégrer le Québec “dans l’honneur et l’enthousiasme” à travers deux grands accords :
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L’Accord du lac Meech (1990) : Il visait à reconnaître le Québec comme une « société distincte ». L’accord a échoué car deux provinces anglophones ne l’ont pas ratifié à temps.
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L’Accord de Charlottetown (1992) : Une formule élargie qui a été rejetée par la population canadienne et québécoise lors d’un référendum pancanadien.
Cet enchaînement d’échecs a mené directement au référendum de 1995 sur la souveraineté du Québec, où le « Non » l’a emporté de justesse (50,6 % contre 49,4 %). Depuis, le débat constitutionnel formel avec Ottawa est resté gelé, aucun premier ministre fédéral ne voulant rouvrir la boîte de Pandore.
3. Où ç’en est rendu aujourd’hui (2025-2026)?
Puisqu’il est impossible de modifier la Constitution canadienne pour y inclure les demandes du Québec, le gouvernement de la CAQ (François Legault) a choisi une stratégie d’affirmation unilatérale. Au lieu de négocier avec Ottawa, le Québec modifie ses propres lois et utilise les failles du système pour s’imposer.
La situation actuelle s’articule autour de trois grands axes :
A. L’utilisation massive de la clause dérogatoire
Pour protéger ses lois nationales (comme la Loi sur la laïcité de l’État ou la réforme de la Loi sur la langue officielle), le Québec utilise systématiquement la clause de dérogation (l’article 33 de la Charte de 1982). Cela permet au Québec de soustraire ses lois au contrôle des tribunaux canadiens, une forme de bouclier contre l’ordre constitutionnel de 1982.
B. L’affirmation de la « Nation québécoise »
En 2022, le Québec a inscrit unilatéralement dans la Constitution canadienne (via sa propre loi 96) deux articles affirmant que « les Québécoises et les Québécois forment une nation » et que « le français est la seule langue officielle ». Bien que symbolique, cela teste les limites juridiques du fédéralisme.
C. Le projet d’une « Constitution du Québec » (Actualité récente)
Récemment, le gouvernement du Québec a déposé le Projet de loi constitutionnelle sur le Québec (Projet de loi 1). L’objectif est de regrouper en un seul texte fondateur les valeurs de l’État (laïcité, égalité homme-femme, langue française) et de renforcer l’autonomie provinciale face aux intrusions d’Ottawa (comme l’utilisation du pouvoir fédéral de dépenser).
Ce projet suscite toutefois de vifs débats internes : plusieurs centaines d’organisations civiles et juridiques québécoises s’y opposent, craignant qu’une telle constitution n’affaiblisse la Charte québécoise des droits et libertés et limite les pouvoirs des tribunaux.
En résumé, le Québec n’a toujours pas signé la Constitution canadienne. Face à l’impasse fédérale, la province cherche désormais à se doter de ses propres structures constitutionnelles internes pour protéger son autonomie au sein du Canada.
Q : Quels sont les projets existants?
R : L’idée de doter le Québec de sa propre constitution interne (sans sortir du Canada) ou de relancer le débat souverainiste n’est pas nouvelle, mais elle prend aujourd’hui des formes très concrètes.
Deux grands projets s’opposent et structurent le paysage politique actuel : le projet nationaliste et autonomiste du gouvernement de la CAQ (au pouvoir), et le projet souverainiste du Parti Québécois (dans l’opposition).
1. Le projet officiel : Le Projet de loi 1 (Gouvernement de la CAQ)
Déposé à l’Assemblée nationale sous le titre de Loi constitutionnelle sur le Québec, c’est le projet le plus avancé puisque c’est une démarche gouvernementale officielle. Il ne vise pas l’indépendance, mais cherche à réorganiser les lois fondamentales du Québec à l’intérieur du cadre canadien.
Ce mégaprojet de loi s’articule autour de trois piliers principaux :
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La Constitution du Québec : Un texte unique qui rassemble les grands principes identitaires de l’État québécois. Il consacre le français comme seule langue officielle, l’égalité homme-femme, la laïcité de l’État, le modèle d’intégration nationale (par opposition au multiculturalisme canadien) et, de manière inédite, la protection de la liberté d’accès à l’avortement.
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La Loi sur l’autonomie constitutionnelle du Québec : Ce volet donne des outils légaux au gouvernement pour bloquer les empiétements d’Ottawa. Par exemple, le gouvernement québécois pourrait émettre des directives interdisant à ses ministères de collaborer avec le gouvernement fédéral lorsque celui-ci tente d’imposer des conditions financières dans des compétences provinciales (comme la santé ou la culture).
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La création d’un Conseil constitutionnel : Une nouvelle institution québécoise chargée de donner des avis juridiques au gouvernement sur l’interprétation de sa Constitution et sur l’impact des initiatives fédérales.
Pourquoi ce projet fait-il polémique ?
Bien qu’il vise à renforcer l’autonomie du Québec, le Projet de loi 1 subit de très fortes critiques de la part du Barreau du Québec, du Protecteur du citoyen et de la Commission des droits de la personne (CDPDJ) :
Affaiblissement des droits : Les critiques craignent que le projet crée une « hiérarchie » entre les droits (en priorisant les droits collectifs de la nation) et qu’il affaiblisse la portée historique de la Charte québécoise des droits et libertés.
Contre-pouvoirs menacés : Le projet de loi restreint la capacité de certains organismes financés par l’État à utiliser les tribunaux pour contester des lois gouvernementales. Le Conseil constitutionnel est aussi perçu par certains juristes comme un outil politique qui pourrait empiéter sur l’indépendance des tribunaux traditionnels.
2. Le projet alternatif : La Constitution d’un Québec souverain (Parti Québécois)
Face au projet de la CAQ, le Parti Québécois (PQ) propose une vision totalement différente. Pour eux, une « constitution provinciale » ne réglera jamais le problème de fond avec Ottawa.
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Le concept : Le PQ a publié son propre modèle de constitution, mais dans l’optique où le Québec deviendrait un pays indépendant.
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La démarche : Si le PQ prend le pouvoir, il prévoit d’enclencher rapidement un processus pour que les citoyens rédigent eux-mêmes une Constitution nationale lors d’une assemblée constituante, texte qui serait ensuite soumis à la population en même temps qu’un référendum sur la souveraineté.
Leur argument est simple : tant que le Québec reste soumis à la Constitution canadienne de 1982, toutes les lois faites à Québec — même une constitution québécoise — pourront être invalidées ou limitées par la Cour suprême du Canada.
En résumé
| Caractéristique | Le Projet de loi 1 (CAQ) | Le projet du Parti Québécois (PQ) |
|---|---|---|
| Statut politique visé | Le Québec reste une province du Canada. | Le Québec devient un pays souverain. |
| Méthode | Adoption d’une loi à l’Assemblée nationale. | Assemblée constituante et référendum. |
| Philosophie | Autonomiste : On crée un bouclier légal pour repousser les interventions d’Ottawa. | Indépendantiste : On rompt définitivement le lien avec la constitution canadienne. |
| Statut actuel | En cours de débat à l’Assemblée nationale (fortes contestations juridiques). | Projet de programme politique (en attente des prochaines élections). |
R : Dans le foisonnement d’idées provoqué par l’impasse constitutionnelle, deux autres figures juridiques influentes se démarquent par des projets très spécifiques : l’avocat de Québec Me Guy Bertrand et le constitutionnaliste Me André Binette.
Bien qu’ils partagent tous deux un rejet de la Constitution de 1982, leurs approches diffèrent radicalement dans leur structure et leur philosophie.
1. Le projet « Liberté-Nation » de Me Guy Bertrand : La République fédérale du Québec
Connu pour son rôle historique de “libre-penseur” et d’avocat au cœur de nombreux débats nationaux, Guy Bertrand propose un projet majeur intitulé « Projet Liberté-Nation ». Son concept vise à rompre avec la monarchie britannique pour créer une République fédérale du Québec.
La grande originalité de son projet réside dans son architecture politique, calquée sur le principe de la décentralisation :
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Le pouvoir du bas vers le haut : Me Bertrand estime que le mouvement souverainiste traditionnel a échoué parce qu’il est trop centralisé à Québec. Il propose plutôt de refonder le pays à partir de ses 17 régions administratives.
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Des régions-États : Dans sa République, chaque région obtiendrait le statut d’État autonome doté de son propre parlement régional, d’un pouvoir de taxation et d’une gestion directe de ses redevances sur les richesses naturelles.
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Un projet inclusif : Il insiste pour que cette république soit co-fondée en partenariat direct avec les peuples autochtones, les anglophones et les allophones, en éliminant la dynamique de « majorité versus minorités ».
En résumé : Pour Guy Bertrand, l’indépendance ne doit pas simplement déplacer le pouvoir d’Ottawa à Québec, mais le redonner directement aux régions sous la forme d’une fédération québécoise.
2. L’approche de Me André Binette : Une Constitution pour forcer la rupture
Ancien conseiller constitutionnel du gouvernement du Québec et juriste émérite, André Binette aborde la question sous l’angle du droit constitutionnel et des stratégies de rupture.
Binette est très critique des projets “timides” et considère qu’une constitution provinciale purement votée à l’Assemblée nationale (comme le fait la CAQ) manque de dents. Ses propositions s’articulent autour de deux idées fortes :
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Légitimité par référendum : Pour lui, une Constitution du Québec n’a aucune valeur morale ou politique si elle n’est pas votée directement par le peuple québécois par référendum. C’est ce vote populaire qui lui donnerait une légitimité démocratique supérieure au texte canadien de 1982, qui a été imposé.
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L’abolition de la monarchie et le droit autochtone : Il soutient activement qu’un texte constitutionnel québécois robuste doit formellement reconnaître la souveraineté du peuple (et non celle de la Couronne britannique) et inclure de manière contraignante le traité des droits des nations autochtones.
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Le saut vers la République : Contrairement aux autonomistes qui veulent rester dans le Canada, Binette voit l’adoption d’une constitution québécoise d’abord comme un tremplin, une « étape préliminaire et incontournable » pour forcer le Canada à négocier un nouveau partenariat ou pour amener le Québec vers le statut de République indépendante (la République du Québec), qui est pour lui la seule manière d’assurer la survie linguistique et laïque de l’État.
Ce qu’il faut retenir de ce contexte
Ces deux projets montrent que le débat a évolué. On ne parle plus seulement d’un simple “Oui” ou “Non” à la séparation, mais de la nature de l’État québécois :
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La CAQ tente une approche juridique interne (autonomiste) sans vote populaire.
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André Binette demande une constitution québécoise validée par référendum pour défier directement la légitimité d’Ottawa.
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Guy Bertrand propose de faire éclater le modèle centralisé pour rebâtir une république par ses régions.
Q : Quelles autres avenues non orthodoxes et encore peu connues existe-t-il en fait de perspectives “constitutionnelles” pour l’avenir du Québec?
R : Au-delà des grands projets portés par les partis politiques et les constitutionnalistes de renom, il existe des perspectives beaucoup plus atypiques, marginales ou théorisées dans les cercles universitaires et juridiques. Ces options sortent complètement du cadre classique du binaire « Province canadienne vs Pays indépendant ».
Voici quatre avenues non orthodoxes et encore peu connues du grand public pour l’avenir constitutionnel du Québec.
1. La « Souveraineté-Association » version européenne (L’État associé)
Plutôt que l’indépendance pure et simple, certains intellectuels s’inspirent du modèle des micro-États européens (comme Saint-Marin avec l’Italie, ou Monaco avec la France) ou du Commonwealth britannique.
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Le concept : Le Québec déclarerait sa souveraineté, mais déléguerait formellement et par traité des blocs de compétences majeurs (comme la défense nationale, la monnaie ou la surveillance des frontières) au Canada.
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La nuance non orthodoxe : Contrairement à la souveraineté-association de René Lévesque qui prévoyait des institutions partagées à égalité (50/50), ce modèle accepte une forme d’asymétrie volontaire. Le Québec serait un État souverain en droit international, mais accepterait de ne pas avoir d’armée ou de politique monétaire propre, préférant “sous-traiter” ces services au Canada à perpétuité pour éviter les coûts et l’instabilité économique d’une rupture complète.
2. Le constitutionnalisme autochtone (Le modèle de la co-souveraineté)
Cette avenue, de plus en plus discutée chez les juristes progressistes et les leaders des Premières Nations, propose de faire éclater la vision d’un Québec “descendant du modèle colonial européen”.
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Le concept : Plutôt que de tenter d’intégrer les nations autochtones dans une constitution québécoise (ce qui est perçu par plusieurs comme une assimilation juridique), ce modèle propose un traité de co-souveraineté.
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En pratique : L’État du Québec et les 11 nations autochtones sur son territoire signeraient une alliance constitutionnelle d’égal à égal. Le territoire québécois deviendrait une mosaïque de juridictions partagées. Pour certaines lois (environnement, ressources naturelles), il faudrait le double consentement de l’Assemblée nationale et des parlements autochtones. C’est une refondation totale qui abandonne le concept de majorité démocratique simple.
3. La « Paradiplomatie agressive » (Le contournement d’Ottawa par l’international)
Théorisée en science politique par les spécialistes des relations internationales du Québec, cette approche propose de vider la souveraineté canadienne de sa substance, non pas par des lois internes, mais par une présence mondiale démesurée.
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Le concept : S’appuyant sur la doctrine Gérin-Lajoie (qui dit que ce qui est de compétence québécoise au Québec l’est aussi partout dans le monde), le Québec signerait des traités internationaux directs avec d’autres pays en matière de culture, d’éducation, de commerce et d’immigration, sans demander l’avis d’Ottawa.
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Pourquoi c’est non orthodoxe : C’est la politique du fait accompli. À force de se comporter comme un État indépendant sur la scène internationale et d’ouvrir des “proto-ambassades”, le Québec forcerait le Canada et la communauté internationale à reconnaître sa souveraineté de facto. La constitution canadienne ne serait pas modifiée, elle deviendrait simplement obsolète et inapplicable à l’étranger.
4. L’achat de compétences (Le fédéralisme marchand)
Il s’agit d’une approche purement pragmatique et financière qui évite complètement le débat idéologique sur la nation.
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Le concept : Le Québec utiliserait sa puissance financière et sa gestion des taxes pour “racheter” des morceaux de souveraineté au gouvernement fédéral. Par exemple, par le biais d’ententes administratives complexes, le Québec paierait Ottawa pour obtenir la gestion exclusive de la totalité de l’assurance-emploi, des douanes sur son territoire ou des télécommunications.
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Le résultat : Le Canada resterait officiellement le pays, mais à l’intérieur des frontières du Québec, toutes les institutions fédérales seraient remplacées par des agences québécoises payées à contrat. Le lien constitutionnel deviendrait purement commercial et administratif.
Le point commun de ces avenues : Elles partent toutes du constat que la méthode traditionnelle (négocier un accord avec les autres provinces ou gagner un référendum à 50 % + 1) est dans une impasse totale. Elles cherchent donc à inventer une souveraineté “par morceaux” ou “par contournement”.
Q : Et concernant la gouvernance citoyenne, la démocratie participative ou directe par exemple?
R : La gouvernance citoyenne, la démocratie directe et le constitutionnalisme participatif représentent sans doute le courant non orthodoxe le plus dynamique des dernières années au Québec.
Ce mouvement part d’un constat : l’impasse constitutionnelle actuelle n’est pas seulement un problème entre Québec et Ottawa, c’est aussi le résultat d’un système politique calqué sur le modèle colonial britannique du 19e siècle (le parlementarisme de Westminster), qui concentre tout le pouvoir entre les mains d’un premier ministre et de ses députés.
Pour renouveler l’avenir constitutionnel du Québec, plusieurs projets et théories proposent de redonner le pouvoir législatif et constituant directement aux citoyens.
1. La Constituante citoyenne (L’approche d’Exeko et du Nouveau Mouvement pour le Québec)
Plutôt que de laisser des politiciens ou des juristes rédiger une constitution dans des bureaux fermés, cette avenue propose de confier cette tâche à une assemblée de citoyens tirés au sort, représentative de la population québécoise (âge, genre, régions, origines).
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Le mécanisme : Inspirée des expériences de l’Islande et de l’Irlande, cette démarche verrait un échantillon de 100 à 200 citoyens ordinaires se réunir pendant plusieurs mois. Accompagnés d’experts, ils débattraient des valeurs fondamentales du Québec, des droits à protéger et de la structure de l’État.
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Pourquoi c’est révolutionnaire : Le texte final serait soumis à un référendum populaire. Si le peuple vote “Oui”, cette constitution citoyenne obtiendrait une légitimité démocratique si puissante qu’elle supplanterait la Constitution canadienne de 1982 dans l’esprit des Québécois, forçant une rupture ou une refondation de l’État.
2. L’instauration des mécanismes de Démocratie Directe (Inspiration suisse)
Certains groupes de réflexion avancent que la future constitution du Québec (qu’elle soit provinciale ou celle d’un pays) devrait inclure des outils de démocratie directe pour briser le monopole des partis politiques.
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Le Référendum d’Initiative Citoyenne (RIC) : Ce mécanisme permettrait à un pourcentage de la population (par exemple, 5 % des électeurs) de forcer la tenue d’un référendum sur un sujet précis, sans que le gouvernement ne puisse y mettre son veto. Les citoyens pourraient ainsi proposer des lois, en abroger ou même modifier la constitution de l’État.
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Le veto populaire : La possibilité pour les citoyens de bloquer une loi votée à l’Assemblée nationale s’ils récoltent un nombre suffisant de signatures dans un délai précis.
3. Le Municipalisme libertaire et les Communes (Inspiration de l’écologie sociale)
Portée par des mouvements altermondialistes et des théoriciens de l’écologie politique au Québec, cette avenue rejette complètement l’idée de l’« État-nation » (qu’il soit canadien ou québécois), qu’elle considère comme intrinsèquement centralisateur et oppressif.
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Le concept : La souveraineté ne résiderait plus à Ottawa ou à Québec, mais dans les municipalités et les quartiers. La structure constitutionnelle du Québec deviendrait une confédération de municipalités autonomes.
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En pratique : Les décisions majeures seraient prises dans des assemblées de quartier ou de village par démocratie directe. L’Assemblée nationale à Québec ne serait plus qu’un simple comité de coordination sans pouvoir réel, mettant fin aux structures étatiques traditionnelles.
4. Le concept de « Citoyenneté québécoise » active
Dans l’attente d’un statut constitutionnel clair, certains constitutionalistes suggèrent que le Québec devrait créer sa propre citoyenneté formelle, distincte de la citoyenneté canadienne, basée sur la participation civique.
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Le fonctionnement : Cette citoyenneté ne serait pas basée sur l’ethnie ou le lieu de naissance, mais sur un contrat social. Elle donnerait des droits politiques accrus (comme le droit de vote aux élections municipales pour les résidents permanents) et imposerait des mécanismes de participation obligatoire, comme des budgets participatifs à l’échelle locale ou des jurys citoyens pour évaluer les politiques publiques.
L’impact de ces modèles : Ces avenues déplacent le débat. Il ne s’agit plus de savoir si le Québec doit être “dans ou hors du Canada”, mais plutôt de savoir qui doit détenir le pouvoir au quotidien. Pour les tenants de ces approches, la seule façon de régler la question nationale est de faire participer directement le peuple à la fondation de ses propres institutions.
Q : Il faut mentionner aussi Réinfo Québec
R : Effectivement, l’évocation de Réinfo Québec (souvent lié au mouvement plus large de Réinfo Covid apparu pendant la pandémie, puis transformé en réseau de gouvernance alternative) nous amène dans une frange très spécifique des courants non orthodoxes.
Ici, on quitte le constitutionalisme de gauche ou de centre-gauche (comme celui de l’Institut du Nouveau Monde ou d’Exeko) pour entrer dans un courant teinté de populisme de démocratie directe, de souverainisme citoyen radical et de méfiance profonde envers l’État central.
Dans le contexte de l’avenir du Québec, leur vision propose trois ruptures majeures :
1. La destitution de la “Caste” politique
Pour les mouvements de cette mouvance, la Constitution de 1982 ou le Parlementarisme actuel à Québec sont deux faces d’une même pièce : un système oligarchique où les élus ne représentent qu’eux-mêmes et les lobbys. Leur projet constitutionnel n’est pas de réformer l’Assemblée nationale, mais de la subordonner entièrement au peuple par des mécanismes contraignants, inspirés en partie par les courants libertariens et de démocratie liquide (où le vote peut être délégué ou repris à tout moment).
2. Le primat absolu des libertés individuelles et de l’autonomie locale
Alors que le Projet de loi 1 de la CAQ ou les projets du PQ mettent l’accent sur les droits collectifs (la survie de la nation, la langue, la laïcité), la perspective de groupes comme Réinfo Québec inverse la pyramide :
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La cellule fondamentale est l’individu, la famille et la communauté locale.
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Une constitution “citoyenne” selon cette approche viserait d’abord à empêcher l’État d’empiéter sur la souveraineté corporelle, la liberté de choix médicaux, la liberté d’expression et l’autonomie des municipalités.
3. Les structures parallèles : La souveraineté par l’action directe
C’est probablement l’aspect le moins orthodoxe de leur démarche. Plutôt que d’attendre qu’un gouvernement adopte une loi ou déclenche une assemblée constituante, ces réseaux prônent la création de structures de gouvernance parallèles dès maintenant (systèmes d’entraide, réseaux d’éducation alternative, monnaies locales ou coopératives autonomes). Pour eux, la constitution de l’avenir se bâtit en retirant graduellement son “consentement” aux institutions officielles (fédérales ou provinciales) pour transférer la légitimité vers des réseaux citoyens horizontaux.
Un paysage fragmenté
L’émergence de ces courants montre que la critique de la gouvernance actuelle au Québec vient désormais de partout :
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D’un côté, une frange progressiste qui souhaite des assemblées citoyennes tirées au sort pour moderniser l’État social (Étienne Chouard).
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De l’autre, une frange issue des mouvements contestataires récents (dont Réinfo Québec est un écho) qui utilise le concept de “démocratie directe” comme un bouclier pour réduire la puissance de l’État et redonner le contrôle absolu aux citoyens à l’échelle locale.
Ressources connexes
Les Québécois, un peuple de sans-papiers
L’avenir du français doit s’appuyer sur une constitution qui nous définit tels que nous sommes.
Le PQ et la constitution du Québec
L’auteur est avocat constitutionnaliste Je lis et admire les textes de Michel David depuis des décennies. J’aime toujours entendre son point de vue…
La Constitution du Québec indépendant
Sources initiales: Daniel Turp (2012). De la Constitution québécoise à la Constitution de la République québécoise, dans G. Paquette, A. Binette et E. Palacio-Quintin (dir.), L’indépendance maintenant !, Montréal, Éditions Michel Brûlé, 2012, p. 241-266 Bernard L., Binette, A. Dubuc, P., Ouellet, M. et Paquette G. La Constitution initiale de la République du Québec.
Article publié sur Infos Libres INFO concernant les projets de République du Québec
